TEXTES SUR MARTHA LE PARC

Dans le ruban on voit l'homme

Nadine Besse - Conservateur du Musée d'Art et d'Industrie

 

Qui n'a jamais divagué dans les millions d'échantillons tapis dans les réserves du musée, dans les collections des fabriques de Saint-Etienne, et dans les ateliers ou la maitresse-plieuse va d'une ouvrière à l'autre, surveiller la danse de leurs doigts parcourant la texture des rubans comme des aveugles touchant leur route, ne peut imaginer le doux et fulgurant dialogue de la lumière et de la couleur.

L'émerveillement, la joie de vivre, les cris d'enfants surgissant spontanément de l'enthousiasme de cette "lecture" sont donnés encore aujourd'hui aux clients des fabriques stéphanoises venant de toutes les parties du monde.

 

Lorsqu'on pénètre l'univers de Martha Le Parc, tout s'éclaire et vient à nous, de la lumière, de la vibration des couleurs, de ces petits bouts d'étoffe ici rassemblés en compositions architecturales, en trois dimensions ou en trompe-l'œil. Transfigure par le langage intime de cette artiste-artisane, le ruban s'assemble, s'attroupe et s'ordonne avec une nouvelle évidence.

 

Long ruban justement arrêté net et précisément placé en parallèle à l'autre, assujetti par le point de couture, il devient incisif et loquace. Par un retournement inattendu de situation, les lisières qui l'enserrent et le définissent, ordonnées par la main et la pensée de l'artiste, ouvrent à d'autres horizons, à des dépassements, des échappées de liberté, une démultiplication de l'espace et donc de la lumière. Civilisé, "pris avec", bâti, il énonce la possibilité d'une civilisation libérée par la pensée constructive de l'homme. C'est la force de la quête poursuivie par Martha Le Parc de nous rapporter à la puissance d'une juste nécessité humaine : la liberté. Au cœur du musée d'Art et d'Industrie, une artiste-artisane poursuit la longue chaine solidaire de la soie, de toutes ces mains habiles et amoureuses qui firent éclore l'échantillon, le ruban, ses longs chemins de beauté, et offre l'espoir de ce qui peut être quand le regard va au-delà.

 

"Ceux qui font le ruban" s'identifient à leur produit, "dans le ruban, on voit l'homme", écrivait Henri Guitton, et dans œuvre de Martha Le Parc, Julio le dit-, on voit la femme.